Chanter
Maquillage. Coiffure. Habillage.Je me travestis ; je me déguise. Je ne suis plus moi.
Sourire. Regard.
Il faut penser à tout, et surtout pas à moi.
L'estomac se noue. L'acidité remonte. L'air n'entre plus dans les poumons. La lumière brûle, l'obscurité fait peur.
Un pas. Deux pas. Monter sur l'estrade est si dur. La scène est si lointaine. Et jouée par quelqu'un d'autre.
"Musique!".
Les accords sont joués trop forts ; la partition s'efface de l'esprit.
"Musique!"
Encore quelques marches.
"Lumière!"
Je suis sur scène. Heureuse de porter une longue jupe - elle cache mes jambes tremblantes. Heureuse d'être maquillée - ça cache ma pâleur.
"1,2,3,4... Toc."
La main du chef d'orchestre me pointe. Le morceau commence.
"Musique..."
Et je chante; chaque note prend sa place en moi; chaque souffle qui sort de moi porte un petit fragment de mon âme. Je vends mon âme pour quelques notes ; on m'achète ma voix pour quelques sentiments. Je suis la prostituée des planches ; je suis la déesse de tous pour quelques instants. Je n'ai plus peur. Plus de trac. Juste un moment de pleinitude - malgré le fourmillement dans la peau, le tremblement imperceptible pour quelqu'un d'extérieur de mes doigts, le cerveau en ébullition.
"Musique..."
Et je chante pour me libérer, pour les libérer. Je chante pour être vivante, enfin! Pour être unique; pour me trouver. Je chante pour exister.
Le piano ralentit, les lumières s'éteignent. La tension retombe.
C'est fini. Enfin. Déjà.
J'ai chanté.
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